LE GHB OU « DROGUE DU VIOL »: MOBILISATION GENERALE CONTRE UN FLEAU


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J’aborde aujourd’hui un sujet qui avait fait la une des journaux il y a quelques années et qui a mobilisé l’attention aussi bien des législateurs, des scientifiques, que du « monde de la nuit: » le GHB ou gamma-hydroxybutyrate, et son détournement vers celle que l’on a nommée la « drogue du viol ».

PLAN DE L’ARTICLE: 

I – DEFINITION DU GHB: SA COMPOSITION, SES EFFETS, SON USAGE PREMIER

II- EVOLUTION DE LA CONSOMMATION (ETAT DES LIEUX EN 2006 et en 2012) ET SON DETOURNEMENT VERS LA « DROGUE DU VIOL »

III- LES MOYENS DE LUTTE DANS LE MONDE ET LES DIFFERENTS ACTEURS: QUELQUES EXEMPLES

 

I – DEFINITION DU GHB: SA COMPOSITION, SES EFFETS, SON USAGE PREMIER

 Le GHB est un composant naturel du métabolisme de l’être humain.

Comme vous pourrez le voir sur le schéma suivant, il est concentré en majeure partie dans le stratium, le cortex, l’encéphale moyen, la substance nigra et surtout l’hippocampe, composant ainsi l’un des éléments essentiels de notre système nerveux.

En zone périphérique il traverse la zone hémato-encéphalique, barrière entre le sang et le cerveau, empêchant le passage et la diffusion dans le système nerveux central de substances circulant dans le sang.

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Il fait partie de la famille des psychotropes et a un rôle de dépresseur du système nerveux central:

son action ralentit la respiration et le rythme cardiaque.

Il s’agit d’un neurotransmetteur, qui permet la régulation du passage de l’information nerveuse au niveau des synapses

(zone de contact entre deux cellules nerveuses ou neurones).

Sa composition est proche d’un autre neurotransmetteur, le GABA qui libère de la dopamine, dont la formule chimique est C4H9O2N.

Voir les deux figures ci- dessous pour comparaison

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GHB Molécule

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GABA Molécule.

Le GHB se fixe à la place du GABA sur les récepteurs à GABA-b.

Sous l’effet d’un potentiel d’action (dépolarisation transitoire de la membrane d’un neurone qui entraîne l’émission d’un message nerveux au niveau des synapses), il entre dans ce que l’on appelle « le circuit de la récompense » et libère de la dopamine, ayant un fort effet désinhibiteur.

Appelé aussi bien  G, ecstasy liquide, Liquid X, Fantasy, le GHB a été découvert et synthétisé la première fois en 1961 par l’équipe du Professeur Henri Laborit et utilisé pour ses vertus antalgiques et antidépresseurs, dans le cadre de pathologies comme l’insomnie, la narcolepsie, l’alcoolisme ou le syndrome de sevrage alcoolique.

C’est dans le cadre de ce dernier usage que sa vente a cessé d’être réglementée, la substance pouvant alors être obtenue sans ordonnance, jusqu’en 1968.

 

II- EVOLUTION DE LA CONSOMMATION (ETAT DES LIEUX EN 2006 et en 2012) ET SON DETOURNEMENT VERS LA « DROGUE DU VIOL »

 Ce chapitre est un état des lieux de la consommation du GHB et de son détournement vers la drogue du viol, fondé entre autre sur la lecture de deux rapports de l’ECDD (experts du Comité Européen de lutte anti-drogue) de l’Organisation Mondiale de la Santé.

1/ WHO 34th Expert Committee on Drug Dependence Meeting (2006: Geneva, Switzerland)

http://www.who.int/medicines/areas/quality_safety/5GHBPreReview.pdf

On y parle spécifiquement du GHB en exposant sa composition chimique, ses effets sur l’organisme et son action dans le cadre du sevrage alcoolique, mais surtout on détaille sa consommation. 

Ainsi, en 2006, l’étude montre en page 19, que le GHB était fréquemment consommé et de manière excessive aux Etats-Unis, en Europe surtout dans les pays tels que le Royaume Uni, l’Italie, les Pays Bas, la Belgique, la Suède, la Finlande, l’Ukraine, la France, l’Espagne, la Suisse, la République Tchèque et le Danemark.

Il est important de préciser que la composante de population des consommateurs concernés était très disparate et que ce problème était donc assez massif en terme d’épidémiologie.

L’étude montre également que l’usage et l’abus de GHB ou ses produits dérivés est d’une portée considérable en Europe avec des cas détectés en France, au Danemark, en Allemagne, Belgique, Finlande, aux Pays Bas, en Espagne, Suisse, Norvège et le Royaume Uni.

Le contrôle de la circulation de ces substances est opéré par l’« European early-warning system » (EWS).

Sa mission principale est la collecte, l’analyse et l »échange de toute information, de façon rapide, concernant l’apparition de nouvelles drogues de synthèse dès qu’elles entrent sur le territoire européen.

Vous trouverez le détail de ses missions via le lien ci-dessous et par ailleurs des rapports par pays et thématiques (législation, consommation) y sont consultables gratuitement, en anglais ou en allemand.

http://www.emcdda.europa.eu/themes/new-drugs/early-warning

Les indicateurs de l’étude menée par cette organisation montre que le GHB était consommé en 2006 dans un cadre festif en majorité, aucune tendance ou prévalence particulière au niveau européen n’a pu toutefois être établie, car la base de données était insuffisante.

Tout ce que l’on sait, c’est que des saisies de GHB et ses précurseurs le GBL et le 1,4-BD ont été faites en Belgique, République Tchèque, Danemark, Estonie, France, aux Pays Bas, en Suède, Finlande, Norvège et au Royaume Uni.

Cette étude souligne, qu’après les adeptes du bodybuilding (dans le cadre de composition de compléments alimentaires), c’est dans le milieu de la musique « dance » et des raves parties que sa consommation s’est développée, avec les amphétamines (famille des antidépresseurs) et le MDMA ou ecstasy (ou mescaline, de la famille des perturbateurs du système nerveux central). [Source Mementos Dalloz – Criminologie et science pénitentiaire 10eme édition Jean Larguier 2005).

Son faible coût et sa simplicité d’utilisation (forme liquide) l’a rendu populaire.

Déjà durant les années 80, le GHB avait été étudié par la Drug and Food Administration, aux États-Unis, puis Santé Canada, qui en ont mesuré les dangers une fois mélangé à l’alcool (amnésie et coma). Le GHB avait été retiré du marché.

Bien que certains en consomment volontairement pour son effet euphorisant, stimulant ou relaxant, en substitution ou en addition à l’alcool, son détournement vers ce que l’on appelle la drogue du viol a été relevé dans les années 90 (voir en commentaire annexe sur les drogues du viol)

 2/ WHO 35th Expert Committee on Drug Dependence, Hammamet, Tunisia June 4-8, 2012 

Généralités:

http://www.who.int/medicines/areas/quality_safety/4.1.2ExpertreviewGHBcriticalreview.pdf

GHB:

http://www.who.int/medicines/areas/quality_safety/4.1GHBcritical_review.pdf

http://www.who.int/medicines/areas/quality_safety/4.1GHBcritical_review.pdf

Les différents observatoires européens et aux USA signalent que la consommation abusive reste identique en terme de localisation géographique, touchant des sous-groupes de population (clubs des milieux gays et bi-sexuels d’après le rapport), mais également des dispositifs de prévention et de réglementation dans le monde entier, que nous évoquerons plus loin.

La consommation de GHB est souvent couplée avec celle de l’alcool et de l’ecstasy, qui est la cause de décès. Et quelques cas impliquent également l’usage d’héroïne, causant une dépression respiratoire.

J’ai pris la peine d’étudier ces substances et elles appartiennent à des catégories très différentes au niveau des effets sur l’organisme ce qui explique les décès (ex: héroïne: effet dépresseur; ecstasy: effet perturbateur ou hallucinogène).

La facilitation de la consommation et de la possession du GHB est encore une fois due au bas prix et à son administration aisée, mais le détournement d’usages médicamenteux n’est plus mis en cause comme auparavant (législation plus stricte), mais plutôt le développement de laboratoires clandestins.

Le rapport précise également que des cas d’utilisations à des fins d’abus sexuels sont identifiés, mais aucun chiffre n’est annoncé. 

Drogue incolore, inodore, les traces perdurent au maximum pendant six heures dans le sang et dix heures dans les urines. Au-delà, il faut procéder à l’analyse des cheveux.

L’effet d’amnésie ressenti empêche souvent que la victime dépose plainte, par honte la plupart du temps, ce qui explique la difficulté à quantifier le nombre réél de victimes de viol suite à l’administration du GHB par l’agresseur à son insu, le mode utilisé étant une boisson alcoolisée (« drink spiking »).

De même, l’élimination rapide du GHB rend toute analyse médico-légale difficilement optimale afin de déterminer le lien de causalité d’un décès survenu par cette substance.

A des fins de sensibilisation, j’invite les personnes parlant anglais à consulter un rapport de l’Observatoire Européen des Drogues et de la Toxicomanie, abordant cette thématique des drogues utilisées dans le cadre d’abus sexuels:

http://www.emcdda.europa.eu/publications/technical-datasheets/dfsa

III- LES MOYENS DE LUTTE ET LES DIFFERENTS ACTEURS : QUELQUES EXEMPLES

1/ LEGISLATION

 * FRANCE

En 1999, le GHB avait été répertorié dans la catégorie des stupéfiants, limitant ainsi sa vente à la pharmacologie dans le cadre de traitement de substitution et sevrage d’addictions ou de narcolepsie par exemple.

Le 2 septembre 2011, le ministère chargé de la Santé a interdit la vente et la cession au public de deux produits permettant de synthétiser le gamma-hydroxybutyrate: la Gamma-butyrolactone (GBL) et le 1,4 butanediol (1,4-BD).

Consultable via :

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=?cidTexte=JORFTEXT000024540977&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id

* ETATS UNIS:

Aux Etats Unis, le GHB avait été réglementé dès 2000 avec la signature par le Président Bill Clinton, le 18 Février 2000, du « Bill H.R. 2130 » qui a institué le GHB, la Ketamine et le GBL dans la catégorie des drogues de niveau 1.

http://thomas.loc.gov/cgi-bin/query/z?c106:H.R.2130:

Ainsi, la possession, la fabrication ou la vente du GHB ou ses précurseurs étaient grâce à cet amendement puni de 20 ans de prison.

Par ailleurs, une campagne nationale de sensibilisation a été menée auprès des jeunes majeurs, des adolescents, des agents de police, éducateurs, des infirmières d’établissement scolaire, de services d’aide aux victimes de viol et des urgences, concernant:

– les dangers des « date-rape drugs » (drogues du viol)

– l’application de la loi fédérale intitulée « Controlled Substances Act » (CSA) qui regroupe l’ensemble des lois fédérales concernant certaines substances et leur régulation,en matière de fabrication, possession, vente, importation et édictée le 27 octobre 1970.

 Lien : http://en.wikipedia.org/wiki/Controlled_Substances_Act 

– l’application de la «  Single Convention on Narcotic Drugs », traité international signé le 8 août 1975, limitant la fabrication, possession, vente et importation de certaines substances exclusivement dans un but medical ou scientifique, et combattant le traffic de drogues par la coopération internationale, afin de débusquer et décourager les trafiquants.

Version française: http://www.unodc.org/pdf/convention_1961_fr.pdf

English text:http://www.unodc.org/pdf/convention_1961_en.pdf

Spanish text: http://www.unodc.org/pdf/convention_1961_es.pdf

– la reconnaissance des symptômes attestant du statut de victime,également dans le cas d’agressions sexuelles et la mise en oeuvre d’une réponse appropriée face à ce type d’agressions.

Toutefois un véritable réseau de fabrication clandestin est apparu de facto et a obligé à utiliser d’autres moyens de lutte par des missions d’investigation.

Exemple d’affaires de trafic et vente illégale de GHB sur internet:

http://www.justice.gov/dea/ongoing/webslinger.html

http://www.ksl.com/?nid=148&sid=13252302

2/ DETECTION, SECURITE ET PLAN DE COMMUNICATION

Aux Etats-Unis, des organisations non gouvernementales basées sur le système du crowfounding peuvent être crées dans le but d’informer massivement sur la dangerosité du GHB (et sur son utilisation dans le cas d’agressions sexuelles) et faire bénéficier de conseils personnalisés, comme le « Projet GHB»:

 Site en anglais : http://www.projectghb.org/about-us

 Plaquette en français : http://www.projectghb.org/sites/default/files/french-ghbfactsheet_0.pdf

 Article sur les agressions sexuelles par usage de GHB:

http://www.projectghb.org/content/drug-facilitated-sexual-assault

* Concernant les professionnels de la nuit, on peut citer en France l’initiative « Fêtez clairs », un dispositif de prévention créé en 2005 à la suite de plusieurs comas liés au GHB.

La Mairie de Paris et la préfecture de Paris en sont les cofinanceurs.

Les clubs et salles de concert adhèrent à sa charte dans le but de « sensibiliser le public aux dangers du GHB ».

Philippe FATIEN, propriétaire de quelques boîtes de nuit parisiennes célèbres, était par ailleurs venu témoigner son inquiétude dans « Tout le monde s’explique », l’émission de Thierry Ardisson.

http://www.dailymotion.com/video/xeq54u_informations-sur-les-risques-en-boi_webcam

Déjà à cette époque un gobelet pour alcool hermétiquement fermé appelé « Billglass » était disponible dans les boîtes de nuit, mis au point par Stéphane Mathieu, designer de l’objet et Richard Bille, responsable de sécurité dans des boîtes de nuit niçoises.

 Blog de Stéphane Mathieu:

http://stephanemathieudesign.unblog.fr/2008/09/22/article-lci/

 Article de Gulf-times.com :

http://www.gulf-times.com/site/topics/article.asp?cu_no=2&item_no=58247&version=1&template_id=39&parent_id=21

 

* La communauté scientifique n’est pas en reste et s’est attelée à informer le public et à concevoir d’autres moyens techniques de détection de cette drogue.

En France, L’AFSSAPS (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé) a mis en place depuis le 1er juillet 2003 un dispositif d’observation des cas d’agressions liées à la « soumission chimique» et l’identification des substances en cause, les contextes et le mode opératoire de l’agresseur.

Lire les rapports rédigés de 2005 à 2011 à cet égard sur le site officiel de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé:

http://ansm.sante.fr/Activites/Pharmacodependance-Addictovigilance/Soumission-chimique/(offset)/5#sp

En 2011, un chercheur israélien de l’université de Tel Aviv, Fernando Patolsky , avait annoncé avoir élaboré un capteur ayant l’apparence d’une paille et qui par réaction chimique révèlerait la présence de certaines drogues comme le GHB dans le verre de la victime.

J’ai rédigé un article afin de promouvoir cette invention sur mon blog Talents et Synergie:

http://talentsetsynergie.wordpress.com/2012/09/22/michael-ioffe-et-fernando-patolsky-inventeurs-dun-detecteur-anti-ghb-deux-talents-au-service-de-la-science-et-de-la-prevention/

(Version Française et English Version)

Premiers articles dans : 

Le Point: http://www.lepoint.fr/sante/la-drogue-du-violeur-est-detectable-17-08-2011-1363529_40.php 

ABC News:

http://abcnews.go.com/Health/WomensHealth/scientists-developing-date-rape-drug-detector/story?id=14239352

Par ailleurs, la mise au point a été validée en 2012 (article du 17/08/2012 dans ShalomLife) et le détecteur sera commercialisé d’ici 1 an:

http://www.shalomlife.com/health/17771/israelis-invent-anti-date-rape-straw/

Soyez tous vigilants et si vous constatez qu’une personne se trouve en difficulté et sous l’emprise d’une substance telle que des stupéfiants, aidez la ou signalez à toute personne en charge de la sécurité son état.

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